Portraits de poilus : les frères Groseille de Montauban de Bretagne

Dans le cadre du Centenaire de 1914-1918, la commune expose les portraits d’une trentaine de soldats montalbanais morts pour la France. Voici celui des frères Groseille, morts à six mois d’intervalle.

Issus d’une famille modeste de Montauban, Louis et Pierre Groseille sont des frères qu’une dizaine d’années séparent. Lorsque la guerre éclate, Louis a 32 ans. Charpentier, il est marié depuis trois ans et père de deux petites filles.

Son frère Pierre a 20 ans et fait partie des premiers à partir au front puisqu’il est déjà sous les drapeaux pour son service militaire. Parti de Granville (Manche) le 7 août avec le 2e régiment d’infanterie, Pierre arrive dans les Ardennes après deux jours de voyage en train. Le 22 août, il participe à la terrible bataille de Charleroi en Belgique. Après la retraite, son régiment se retrouve dans l’Oise pour la bataille de Guise. Puis c’est La Marne, qu’il atteint au bout de six jours de marches forcées.

À quelques kilomètres l’un de l’autre

Au même moment, Louis part à son tour avec le 136e régiment d’infanterie. Il rejoint la région d’Arras (Pas-de-Calais) pour y construire des tranchées et assurer la défense de la ville.

Après plusieurs combats dans la région de Reims courant septembre, Pierre rejoint également Arras. Les deux frères savent-ils alors qu’ils se trouvent à quelques kilomètres l’un de l’autre ? Les combats qui font rage leur laissent-ils le temps de se voir ?

« Tombé glorieusement »

Le 2 octobre, Pierre fête son 21e anniversaire. Dix jours plus tard, il est « porté disparu ».

Si la nouvelle atteint Louis, elle sera suivie d’une annonce plus tragique encore : début novembre, ses deux petites filles s’éteignent à cinq jours d’intervalle, probablement victimes d’une épidémie. On imagine la douleur et l’abattement qui gagnent alors le soldat.

Après un terrible hiver dans les tranchées, Louis Groseille se trouve dans le secteur de Roclincourt (Pas-de-Calais) lorsque les combats reprennent. Le 30 mai 1915, il est « tué à l’ennemi » lors d’une attaque qui fera 74 tués, 261 blessés et 180 disparus au sein de son seul régiment.

La médaille militaire et la croix de guerre pour Louis

En mai 1921, six ans après sa mort, Louis recevra la Croix de guerre avec étoile d’argent et la Médaille militaire accompagnées de la citation suivante : « Brave soldat, tombé glorieusement pour la France en s’élançant crânement à l’attaque des positions allemandes puissamment organisées. »

Le nom de Pierre toujours pas écrit sur le monument aux morts

Le décès de Pierre, porté disparu, ne sera lui officialisé qu’en avril 1922. Ce qui explique peut-être l’absence de son nom sur le monument aux morts. Cet « oubli » sera réparé le 11 novembre et le nom de Pierre (ainsi que celui de 19 autres soldats) sera gravé aux côtés de celui de son frère Louis et dévoilé lors des commémorations.